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Les gélules sont les liens. Genre.

La Molaire
30/09/2005 @ 00:14

Rage de dent. La molaire maudite. Infestée, un creux intérieur se remplissant de poison corporel, ou protestant de sa légitime position disputée par les dents de sagesses, elle reste soufrante, importune, impossible à calmer. Un aiguillon de douleur, qui prend la forme d'une section entière de ma mâchoire inférieure gauche (droite pour vous).

La molaire ne me fait pas mal que physiquement; elle s'attaque aussi au moral.

La molaire réveille mon syndrôme d'Angoisse Perpétuelle. Tout d'abord, elle me donne l'appréhension des coups de téléphones obtus et abrutissants, la hantise de la salle d'attente, dans une urgence urbaine, la cruelle infirmière, blindée dans son indifférence professionelle, prenant un plaisir pervers et inconscient de disposer de ma souffrance comme riposte de son long travail exténuéant et ingratifiant, qui m'annoncera, sa bouche se mouvant seule dans son masque froid de murène, la nuit sans sommeil, les heures de torpeur paniquée, nimbée dans le suaire ambigu des néons terrifiants.
L'angoisse contextuelle arrive rarement seule, elle traîne en cortège sa grande soeur, inséparable soeur siamoise reliée par la tête, une affreuse craniopagie sortie de vos rêves tchernobylesque les plus délurés.
Je baigne déjà dans le Doute. Je suis tiraillée sans cesse par les marées montantes-descendantes de la désillusion du soi. Les laminaires visqueuses de la culpabilité du non-faire me retiennent solidement par les chevilles, et ce n'est pas sexy. Des écoles de soupçons, habitants du grand Doute, ondoient en formation fascinantes devant moi: et si elle mentait... et s'il m'utilisait...
La molaire, implacable, brise tout scaphandre, la rationnalité s'évade comme l'air, ou plutôt le dioxyde de carbonne inutile dans mes poumons, ce demi-air qui me donne l'illusion d'une trèes grande inspiration, qui ne fait que bloquer mes réflexes de respiration légitimes: trauma et noyade;
Je ne suis Rien
Qui ne fait Rien
Au milieu de Rien très agité.
Je charge ce grand Rien de petits Riens fractionnaires, en si grand nombre qu'ils s'annulent dans une équation fatale.
Le réel m'assaille mais ma bouche est cousue: Rien Règne.

Et on n'échappe pas à la molaire. Elle rappelle sa présence, de façon insistante. Elle martèle ma mâchoire, me traque jusque dans ma retraite mentale la plus concentrée. On rêve de l'arracher.
Pas d'aspirine en vue.
Oh.
La nuit sera longue.

-L
(PS "Et puis, Beck?" "Oh, une autre fois, vous voulez.")


N'importe quoi.

Si vous trouvez que je suce, allez voir comment eux phellationnent.

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