Bon bon.
Je sais.
Ça a dû vous faire du bien, ce petit embargo de moi, et en théorie ça devrait m'avoir donné l'opportunité de trouver quelque chose à vous dire; mais non. Plus j'y réfléchis, plus il appert (ouaip. appert) que je fais bien gaffe à ne pas m'écarter du facile, du connu, de ce que je sais faire, du sans conséquences. Les idées de textes manquent pas. Même les petites réflexions qui se croient incommensurablement géniales. Mais je me refuse à les livrer, tout comme je me refuse à lancer au monde quoi que ce soit qui puisse ouvrir un vasistas traître, une fente pernicieuse qui permettra au scrutateur spectateur de faire une Critique, une Évaluation de mon ... ma capacité. C'est encore dans ce grand déballage vulgaire, mise à nu impudique de mon intimité, que je me sens la plus défendue, secret bien gardé (un coffre-fort... peut-être vide). Vous n'oserez pas, toucher à mon littéraire génital.
Ou bien ça manque tant d'intérêt que vous n'en prennez pas la peine?...
Le doute me donne le bénéfice de choisir la solution la moins douloureuse pour mon ego. C'est merveilleux, la mauvaise foi.
...Mais je préfère toujours une mauvaise foi qui se regarde dans la glace.
C'est si, si malsain, ces paroles qui décollent... Dégoûtant. Une petite croûte séchée qu'on n'enlève pas. Ça sent mauvais.
Je détache toujours les croûtes. Petite manie. J'aime peler. Je triture les pâtés d'émulsion, les coulisses de block-out, les emplâtrement d'encres à sérigraphie, les embouchonnement de colle séchée, les polypes de mucus, les écailles de peinture , les résidus de peaux mortes, les pelures de fruit, les secrets des gens... Tant que j'en aille pas trop sous les ongles.
Des fois y'a rien de particulier en dessous, on l'a fait que pour la croûte, c'est puéril; joie malsaine d'avoir désendermiser (euh?). Gratter la surface.
D'autres fois, il y a un succulent quartier de fruit, odorant, humide et précieux en sa pulpe.
Et d'autres fois encore, c'est un cancer ou un hypocrite.
Ça dépend. Enfin; c'est une distraction comme une autre.
Comme fallait s'y attendre, j'en ai déjà marre du turbin. C'est le coup de pied au cul tous les matins. Routines débiles, non-stimulations assidues et anecdotes si drabes que d'envisager seulement de les raconter me rend toute entorpeurisée (ngh!).
C'est une demande physique exténuante, une répétition démentielle de gestes débiles.
Comme on s'y serait peut-être un peu moins attendu, j'en ai aussi marre du copain.
Pas de lui en tant que tel (koakeu). La vie de "couple", surtout. Ses attentions m'irritent, ses demandes m'excèdes. La discussion est impossible; on est pas du tout au même niveau de quoi que ce soit.
L'individu en question est du type serein et rassis, content de son parasitage et de ses idées demi-digérées; peu amateur de la syntaxe ou du beau-parlé, il tourne n'importe quelle conversation en un lourd effort d'extirpation des sens et de définitions constantes; aucun argument ne tient, car il n'en comprend pas les mécaniques; aucune idée n'est transmissible, car il se borne automatiquement à tout ce qui ne concorde pas avec ses a piori. Multiples recours au relativisme sophistique et autres idiotismes, beaucoup de rétractations, de saut aux conclusions, d'interprétation erronnée et indéfendables, d'accusations en tout genre aussi. C'est éreintant.
Ouais ouais on le fait tous, mais y'a un point où y'a plus rien qui passe, tsé.
Pas une mauvaise personne, en somme:
Bien pensant, agréable à son prochain. Gentil, courtois sans originalité et dévoué sans réelle empathie. Doux par aversion pour la confrontation, fainéant par dégoût du travail et croyant par peur de l'incertitude. Une curiosité un peu molle, un désir d'apprendre un peu restreint, une affection un peu inconditionelle. L'opinion fléchissante. La foi belle, agaçante. La bonté conditionnée.
Il est si mignon et aimable qu'il me met hors de moi.
Et le fait que j'ai été amenée à dire "on est ensemble" et "je t'aime" (deux ou trois fois) par son enthousiasme, ce qui me constitue irrévocablement partie prennante à son jeu, ça à de quoi rendre dément.
Mais... Il est si tendre et les étoiles dans ses yeux me désarment. Quelque chose en moi romp et s'inonde de contentement chaque fois que je me blottis contre sa mince poitrine et respire son odeur douce. Et il y a cette fibre pure, cette rêverie charmante et inédite parfois dans ses mots.
Alors je laisse persister, par sensiblerie, surtout par couardise.
Mais je dois tout secouer, encore...
-L