C'est dommage, parce q'à mon travail, certaines des tâches requérant peu d'application mentale me permettent d'élaborer des réflexions fascinantes et juteuses, mais mon état de fatigue est tel lorsque je reviens au bercail que rien n'en est capturé.
Surtout qu'aujourd'hui j'ai envie de tout envoyer chier, m'enfermer dans ma chambre chaude, manger des biscuits et lire. Fuck les gens, les gens m'irritent. Plus je pense à certains conflits, plus je deviens enragée, en colère, noire de ressentiment.
C'est pas que je vous aime pas. Mais plus personne ne m'est indispensable... Je passe les meilleures heures dans ma tête, où on n'a pas besoin de se battre pour communiquer, où le rire est aussi facile que de glisser sur les trottoirs verglacés, où le mensonge n'existe pas, et se fait rigoureusement disloqué lors d'occasionelle intrusions. Il y fait bon s'y étendre, y danser, y partir en voyage. Des choses merveilleuses y germent, et une mémoire renaissante, s'étirant comme une longue endormie, me tiens ces fleurs à disposition.
Mon corps raffermi par tout ce constant effort physique est suffisant à mon propre plaisir charnel: je me fais l'amour, et y prend moult plaisir. Je me félicite sur mon savoir faire, je me cambre, me caresse, admire mes formes qui s'affutent.
L'habitude, l'intoxication et l'espoir raccorni d'une communion impossible me fait continuer à rechercher la compagnie des amis, frénétiquement. J'y trouve parfois un bonheur indicible, et d'autres un dégoût amer; il est aussi doux que terrible d'être avec l'autre. On peut se rejoindre jusqu'à se frôler presque, frissons de délice, puis quelque chose d'atroce et de brutal vous propulse à nouveau à des univers l'un de l'autre. L'un est alors triste, écoeuré de soi, se trouvant incapable, le langage mort et empâté, la parole inutile, une vacuité essouflante. Et pour l'autre, on ne sait pas; c'est terrible.
Mais je renoue gentiment avec Solitude; nous prennons nos bains ensembles, envoyons rêveusement des volutes parfumées d'eucalyptus au plafond, cuisinons avec enthousiasme de bonnes choses. Elle me propose toutes sortes d'activités possibles, et j'y adhère avec entrain.
Je rentre dans l'oeuf: aspirée par un petit trou, je baigne dans un tiède agréable et nourissant. C'est blanc, c'est clair, c'est tranquille et consistant.
Les choses sont meilleures, plus vigoureuses, plus sereines.
C'est mieux.
-L