Bonsoir univers.
Transmission en direct d'un corps privé de sa dose habituelle et anormale de sommeil et de ses drogues légales.
Tout va bien ici, pour autant que l'on s'entende sur la définition de "bien": c'est-à-dire que la médiocrité ambiante que j'ai choisi comme mienne est stable, Princesse K continue de m'administrer le silent treatment, je continue d'être attirée par des connards pédants qui retournent mes délicats témoignages d'intérêts sous forme de mépris et de suffisance (on pense à joli blondinet entre autres), je flotte sur mon nuage artificiel de perceptions régularisée à coup de massue psychotrope, les jours passent, la session est un souvenir d'antan, party, trop, toujours, et les regrets, et les souvenirs, et la haine de soi et l'envie, l'envie des autres, contre les autres, être les autres.
J'écris au moins aussi mal que le reste, ça vous donne une idée.
J'ai faim mais l'effort nourricier est par trop demandant; je dors pour compenser.
Tout ça n'est pas si mal. Non. Lamentable. Ridicule. Mais pas trop dur. Rien que je n'ai pas connu auparavant.
Dans cet état cottoneux et stable, triste mais tranquille, des résolutions et des constats à propos de moi et de ma vie m'arrivent tout naturellement, avec une netteté brutale mais assumée. Généralement, ces acquisitions de lucidité se font alors que votre très dévouée se trouve assise dans l'un des mono-bans de la rangée gauche d'un des véhicules de la ligne 161, tandis que nous fendons l'espace en un temps proportionellement moindre au reste du trajet, sur le viaduc.
Ce viaduc est un endroit trouble, à l'identitée indéfinie et donc libre, mince couloir de vitesse grisante et ininterrompue; c'est la jonction entre les boulevards Rosemont et Van Horne. Le spectateur, pourvu qu'il soit un tant soit peu romantique, sent son âme s'alléger sensiblement alors que s'offre à lui la vue en surplomb de la ville, du Mont, de l'oratoire et autres églises, bâtisses carrées étrangement empreints des souvenirs d'escapades magiques; la courbe du trajet donne au tout une allure d'envolée, de transition surnaturelle et onirique entre deux quartiers bien distincts, que ce ne soit que par les impressions respectives qui y sont rattachées. De la maison à vous, there and back again.
...Je me passerais de vous, mais j'en serais mutilée à jamais.
Je me passerais de vos exploits, de vos singularités sublimes, de votre beauté supérieure, de tous ces faits inspirants qui sont vôtres, de vos antécédents, vos précédents, vos voyages, vos accomplissements, réalisations, projets, autant de bonds magnifiques et gracieux vers l'avant, de vos sillages miroitants aux circonvolutions foisonnantes.
Je tente d'imiter ces bonds, mais il n'en résulte que de grotesques et gauches grouillements.
Le nid de la phaule-home est rassurant, douillet, terriblement vide dans son regorgement matériel.
Je vais continuer ça, cette situation tiraillante, condamnation à la réalisation à perpétuité de ma propre médiocrité, entourée de votre rayonnement, cible de vos splendeurs qui se complaisent à orbiter illogiquement et cruellement autour de ma petitesse, avec votre amour, votre amour désespérant, ces caresses et ces tendres paroles affectueuse, qui me tuent toujours plus.
J'exhibe le corps et la vie du corps aux autres, à vous, sans lésiner, avec l'entrain et l'élan d'une catastrophe; le reste meurt, se pelotonne, démembrement de l'essentiel dont personne ne se soucie.
Ces deux L, L superbe, surexcitée, aux cheveux mauves et L coquille fouillée, violée, évidée, huître mangée et jetée négligement aux ordures, cohabitent dans le même être lâche à la tête pleine de brouillard.
-L