Si on sautait de mon balcon, pendant quelques secondes, on aurait l'impression d'avoir sauté dans un monde magique et sans fond, environnés de feuilles, de vert et de soleil que l'on serait. Mais comme le gazon n'est pas bien loin, la dure réalité facasserait bien vite cette idylle, et notre crâne avec. Ce serait donc une expérience inutile à essayer.
...Parce que la mort n'est pas une fuite, c'est une fin (demandez à Diderot, qui écrivait de bien mauvais roman malgré ses talents de philosophes).
Moi je ne suis pas intéressée à la fin, seulement à la fuite.
...Mais c'est de ma faute. Même si j'ai de la misère à me rendre compte en quoi j'échoue.
Avant-hier, en revenant côte à côte sur la saugrenue rue St-Joseph à Lachine, moi et Ro musions sur le fait que nous n'avions aucune amie blonde, et que les blondes ne sont pourtant pas si rare, et nous tentions d'en découvrir la raison.
Plus tard, assises avec le père, la blonde du père et les voisins autour de la table extérieure, ils ont décidés que dans le fond c'était moi la blonde, avec mes yeux bleus, mes mamelons roses, ma peau blanche et mes taches de rousseur, malgré la pillositée brune. "J'ai mon voyage".
C'est l'été, personne n'a l'air bien malheureux dans les rues, sauf cette grosse femme aux cheveux javellisée, ses yeux bleus étaient plein d'eau dans le métro, et je ne savais pas si cela m'indifférait ou si j'étais touchée.
C'est comme cet individu dehors, que je ne vois pas, qui fait un rythme avec des instruments quelconque depuis tout à l'heure: je ne sais pas si je suis irritée ou amusée.
Souper de famille à P ce soir, je redoute ce moment, mon frère y sera, et je devrai mesurer à sa suffisance ma haine de moi même.
Je rêve à quelqu'un qui n'existe pas et je me rend compte que c'est l'insignifiance de ma propre existence qui me fait rêver de l'accoler à quelqu'un qui serait réel.
De Beauvoir dit que tant qu'on s'indigne et qu'on s'extasie, il y a de l'espoir et que le cynisme reste un mensonge puéril.
Elle m'aide à réaliser que si il y a encore des choses pour lesquelles on s'écrie ou que l'on se réécrie, la vie vaut la peine d'être vécue.
De toute façon, je dirai comme elle: la mort nous rend tous égaux et j'ajouterai que la postéritée est injuste.
Il y a des hommes croisés, qui m'ont parlés ou qui m'ont aidés, ils rappellent et ne se rendent pas compte qu'ils n'étaient que des figurants très intangibles, et que rien ne justifie leur persistance dans ma vie; c'est dit sans aménitée.
Ce qui est agréable avec mon état c'est que j'ai tellement un problème avec tout que les petits problèmes ne m'affectent plus guère; ils ne font que s'insérer commodément dans la réalité déjà prescrite. Certaines de mes amies m'éclipsent complètement lorsque j'ai le malheur d'être avec elles en compagnie? Bah et alors? Ils peuvent bien la préférer si ça leur fait plaisir. Je ne trouve pas d'emploi? De toute façcon je suis le parasite chéri de ma maman, non? Je ne dessine plus? Mes notes restent satisfaisante. Mon existence est vide de sens? Wow, je suis pas la seule dans cette situation.
Allergie, quand tu nous tiens...
-L